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Haiti / Des leaders religieux s'impliquent dans la lutte contre le SIDA

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Grâce à une bonne prise en charge psychologique, certaines personnes infectées par le VIH/SIDA peuvent déclarer en public qu'elles sont séropositives. C'est le cas de Liony Accélus, profondément conscient de son rôle de leader dans la communauté.

« Les pasteurs et les professionnels médicaux étaient à la base de la stigmatisation en Haïti. Nous étions les premiers à déclarer que le SIDA est une malédiction et nous avons tiré des versions bibliques pour asseoir ces assertions. Au début des années 80, je me rappelle l'attitude des professionnels de la santé qui refusaient de soigner des gens suspectés d'être séropositifs. Ils avaient peur. Vingt ans se sont écoulés et je vous dis, la honte au front, que j'appartiens à ces deux secteurs, car je suis prédicateur de l'évangile et médecin », a déclaré le Dr Hubert Morquette, le jeudi 18 juillet, à l'hôtel Montana devant une assemblée composée en grande partie de leaders religieux. Ces derniers assistaient au programme de réduction de la stigmatisation et de la discrimination lié au VIH/SIDA lancé par la fondation Promoteurs Objectif Zéro SIDA (POZ).

Lors de son intervention, le Dr Morquette, qui porte aussi le chapeau de pasteur, a présenté des extraits d'une étude réalisée et publiée par World Relief, il y a deux ans, sur l'attitude et le comportement des leaders religieux en ce qui concerne la problématique de la stigmatisation et de la discrimination du VIH/SIDA.

Pour tester le degré de connaissances des leaders religieux, la World Relief a interviewé 762 pasteurs dont 711 hommes et 51 femmes âgés de 20 à 69 ans.

93.4% des pasteurs reconnaissent que le virus de l'immunodéficience humaine (VIH) se transmet par voie sexuelle. 80% parmi eux admettent qu'une mère infectée peut transmettre le virus à son bébé. Cependant 1/3 de ces pasteurs croient malheureusement que le VIH peut se transmettre par une piqûre de moustique. 37% de ce groupe soutient fermement que le VIH est une punition divine.

32.7% des pasteurs avouent qu'ils n'ont jamais rencontré de personne atteinte de cette maladie dans leur église. 38.4 % n'acceptent pas de fidèles séropositifs dans leur église. 55% confient qu'ils n'ont jamais rendu visite à un séropositif. Mais tous s'accordent à dire qu'ils suivent Jésus Christ comme modèle, et le fils de Dieu avait abordé en son temps et même guéri ceux qui avaient la lèpre.

La stigmatisation, un obstacle à la vie

Mais pourquoi stigmatiser un être humain ? « La stigmatisation est un obstacle à la vie », a reconnu le responsable de POZ du programme de la réduction de la stigmatisation liée au VIH/SIDA, Daniel Joseph. La stigmatisation prend racine dans la peur, l'ignorance et l'incompréhension, relève Daniel Joseph. Cette attitude négative envers l'autre est considérée comme une violation de son droit.

Considérer quelqu'un comme une stigmate, le rejeter, le mépriser, le maudire parce qu'il est séropositif est une attitude à combattre, estime-t-il. Le représentant de CECOSIDA, Edner Boucicaut, l'a rejoint tout en mettant l'emphase sur le rôle que doit jouer la presse afin d'inverser la tendance. La communication, estime Boucicaut, est un élément fondamental dans la lutte contre le VIH/SIDA. Il en veut pour preuve le programme de POZ autour du thème : implication des leaders dans cette lutte.  

 

 

 

 

 

Même réflexe de la part de la représentante du Ministère de la Jeunesse et des Sports, Nadine Louis, qui intervenait sur la question de genre et VIH/SIDA. Elle croit dans la dynamique d'une communication pour le changement de l'attitude des gens dans la société. Les discours sexistes génèrent des attitudes négatives qui entraînent la discrimination sexuelle et les croyances culturelles néfastes. Ce n'est pas sans raison que le SIDA se féminise.

Malgré les obstacles la lutte avance

La directrice de POZ, le Dr Mirna Eustache, est consciente des obstacles dressés sur le chemin de la lutte contre le VIH/SIDA. « Trente ans après la découverte des premiers cas, nous sommes confrontés à des problèmes assez sérieux », a-t-elle estimé ajoutant plus loin que la discrimination et la stigmatisation « encouragent la transmission du VIH/SIDA et rend la lutte contre cette pandémie plus difficile », a-t-elle souligné.

« Selon Emmus, 50,4% des femmes et 42,5% des hommes ne seraient pas prêts à s'occuper chez eux d'une PVVIH. La peur de la stigmatisation et de la discrimination empêche les jeunes gens en Haïti d'accéder à l'information et aux services qui pourraient empêcher ou arrêter la transmission du VIH », a rappelé la directrice de POZ.

Toutefois, reconnaît le Dr Eustache, dans l'ensemble, malgré les embûches, « la réponse d'Haïti à la lutte contre le VIH et le SIDA est un succès qui se traduit par la baisse de la prévalence de 6.3% à 2.2% en dix ans».

C'est sur la base de ces acquis dans la lutte que Liony Accélus, le président du Réseau haïtien des personnes infectées par le VIH (REHPIVIH), a dit : « S'il n'y avait pas une prise en charge psychologique, jamais je ne me tiendrais en public pour dire que je m'appelle Liony Accélus et je vis avec le VIH/SIDA. »

Veste bleue tranchant sur sa chemise blanche, l'air décontracté derrière le pupitre, Liony suscite l'admiration de l'assistance nombreuse quand il ajoute avec un brin d'humour : « J'ai l'impression que j'affirme ma séropositivité avec une telle aisance que personne dans la salle ne se rend compte de ce que je viens de dire. » (Rires, applaudissements). « Alors, vous comprenez le sens de la prise en charge globale », lance-t-il à l'assistance.

Le droit dans la lutte


Comme Liony Accélus, le professeur de droit, Charles Vorbe, admet que le SIDA est une maladie sociale qui doit être appréhendée dans une approche holistique. C'est en ce sens que le professeur situe le droit dans la lutte.

« Le droit est le régulateur social par excellence et c'est ce qui fait toute son importance dans la lutte contre le VIH/SIDA. Il faut donner au droit sa portée pratique et concrète comme instrument de lutte privilégié dans la bataille contre la pandémie du VIH/SIDA », a déclaré le professeur. Il a souligné que, du point de vue national et international, il existe toute une batterie d'instruments juridiques qui s'appliquent en matière de VIH/SIDA. Selon le principe nul n'est censé ignoré la loi, il a fait remarquer aux leaders communautaires qu'ils ont intérêt à connaître ces références pour chercher les provisions légales dont ils ont besoin pour faire valoir leurs droits.

 

 

 

Claude Bernard Sérant
serantclaudebernard@yahoo.fr

 

 


     
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