Sur le thème « Ensemble nous sommes la solution », le 26e Mémorial à la chandelle a été organisé ce week-end au CapHaitien pour, comme les précédents, commémorer la mémoire des victimes du VIH-Sida. Haïti a été retenue comme pays hôte de cette manifestation, par Global Health, pour le lancement officiel de la cérémonie d’ouverture. Les organisateurs ont choisi le département du Nord, principalement le palais de Sans-Souci dans la ville de Milot. Tout était prêt pour que le coup d’envoi de cette cérémonie se déroule sans anicroche, le samedi 16 mai. Cependant, dame pluie s’est invitée à la partie, contraignant ainsi les organisateurs, pour éviter l’échec, à trouver une solution de rechange.
Le stand officiel destiné à accueillir la partie artistique et celui des principaux invités ont complètement été envahis par les eaux de pluie, forçant les principaux participants à chercher refuge n’importe où pour ne pas être trempés. Même les officiels, dont la Première ministre Michèle D. Pierre-Louis, venus spécialement pour la cérémonie, ont dû rebrousser chemin vers le Cap-Haïtien. Cependant, ce contretemps passé, ceux qui ont bravé la pluie ont été récompensés par un très beau spectacle de danse et de chants dont la principale animatrice a été la chanteuse de renommée internationale, Emeline Michel, qui a envoûté l’assistance par sa voix. Et les messages lancés par les organisateurs sensibilisaient les gens à se soumettre à des tests volontaires, à se servir de préservatifs ou à pratiquer l’abstinence.
Dès le vendredi 15 mai, une séance de formation a été organisée pour les journalistes et, à Milot, le programme était assez chargé avec une foire artisanale, une messe œcuménique et la visite des stands de plusieurs organisations militant dans la lutte contre le VIH-Sida. Là, les principaux participants ont reçu des brochures d’information et ils pouvaient se faire tester gratuitement. « Je crois que c’est une grande opportunité pour nous dans le Nord d’accueillir un tel évènement. Cela va sensibiliser les gens de la région sur cette problématique car beaucoup ne connaissent rien de la maladie et laissent parfois la superstition avoir le dessus », a expliqué un habitant infecté par le virus. Il s’est également réjoui de l’aide reçue en médicaments et a enjoint la population d’adopter un comportement sexuel responsable.
Le comité de coordination du Mémorial a souligné qu’il faut regarder l’avenir avec optimisme et que seule l’union peut permettre de combattre cette pandémie et, peut-être un jour, de l’éradiquer. Les responsables ont invité les participants à mettre la main à la pâte pour que le slogan du Mémorial ne soit pas un vain mot. Car, « il est un impératif pour crier bien haut, d’une seule et même voix : “Ansanm nou se solisyon an” et avec notre flambeau de solidarité allumé nous allons améliorer la couverture végétale de notre pays afin d’avoir une Haïti verte et meilleure comme elle l’était autrefois », peut-on lire dans un dépliant distribué au cours de la cérémonie.
La première bougie allumée
L’autre partie de la cérémonie, officielle celle-là, a eu lieu au local de l’Institut de sauvegarde du patrimoine national (Ispan). Et aux environs de minuit et quart, la grande bougie « internationale » a été allumée officiellement par la Première ministre alors que toutes les lumières ont été éteintes. C’était le point de départ d’un geste qui allait se faire dans le monde. Le docteur Myrna B. Eustache, directrice exécutive a.i. de Promoteur objectif zéro sida (Poz), la principale organisation responsable du Mémorial pour Haïti, a estimé que la mission a été accomplie, « car malgré la pluie, les deux spectacles de notre programme ont été respectés ». Elle s’est félicitée que les responsables étatiques s’impliquent davantage dans la lutte contre le VIH-Sida. « Il y a plusieurs ministres qui ont fait le déplacement et le gouvernement à moitié est représenté », a-t-elle constaté.
Le docteur Eustache a réaffirmé la volonté de son organisation d’atteindre l’objectif ultime qui est d’avoir un taux quasiment nul de VIH-Sida dans le pays. « Mais pour cela nous avons besoin de l’aide de la presse et de l’Église pour la sensibilisation de la population. » Selon elle, il faut pénétrer à l’intérieur des communes les plus reculées pour que les habitants comprennent la problématique du VIH-Sida « afin de faire baisser le taux de stigmatisation et de discrimination. Et nous devons tout faire pour atteindre notre objectif ».
Pour sa part, le docteur Gabriel Timothée, directeur général du ministère de la Santé publique, a salué la détermination des organisateurs qui, malgré la pluie, ont lancé le mouvement. Le docteur Timothée a souligné que le Nord a été choisi à cause de son potentiel touristique et pour donner une autre image du pays. « Le ministère de la Santé publique a toujours montré son engagement quant à la lutte contre cette maladie et, ceci, depuis 1987. Tous les ministres qui se sont succédé n’ont jamais changé le programme mis en place », a-t-il rappelé, insistant sur la grande cohésion existant avec les partenaires militant dans le domaine. Les objectifs du ministère, selon Gabriel Timothée, sont de permettre à un plus grand nombre de victimes d’avoir accès aux médicaments (antirétroviraux) et d’intensifier les activités de prévention notamment à travers les tests de dépistage. Le directeur général a plaidé pour une approche multisectorielle de la question du Sida.
Le « Mémorial sida à la chandelle » est à sa dixième célébration en Haïti. La fondation Poz, avec le support de ses partenaires, réalise chaque deuxième dimanche du mois de mai des activités y relatives au niveau de tous les départements sanitaires du pays. Le Mémorial, qui accorde une place prépondérante aux célébrations religieuses, représente un moment dans la lutte contre le Sida pour non seulement penser aux disparus mais aussi célébrer la vie. Le premier Mémorial a eu lieu dans la ville de San Francisco (USA) en 1983. |