Le refus de la différence, la crainte, les jugements moraux, l'ignorance... constituent le socle de la stigmatisation et de la discrimination. La lutte pour les combattre est encore plus ardue que de convaincre un PVVIH à adhérer au traitement ARV.
Haïti dispose aujourd'hui de la capacité pour traiter au moins 25000 malades du Sida, a déclaré, mercredi, à l'hôtel Montana, au 56e congrès de l'Association médicale haïtienne, le Dr Eddy Génécé de Promoteur Objectif Zéro Sida (POZ). Cependant, a-t-il constaté, seulement 10 000 malades sont aujourd'hui sous antirétroviraux (ARV).
A la question de savoir "seriez-vous disposés à prendre soin d'un membre infecté au VIH dans votre famille", ont répondu positivement : 35.7% de femmes, 42.2% d'hommes, 52% des homosexuels, 33.9% de travailleurs de sexe. Cette étude, conclut le Dr Génécé, montre que nous avons beaucoup de sacrifices à faire pour changer notre milieu.
La « Stigma et la discrimination » - thème que Dr Génécé a présenté en tandem avec Esther Boucicaut de la Fondation Esther Boucicaut de St-Marc - sont liées.
Attitude et comportement
Si la stigma est une attitude, la discrimination est le comportement qui en découle. Dans une enquête Emus réalisée l'année dernière, l'étude a montré que nous sommes encore loin d'éliminer le phénomène de stigmatisation et de discrimination qui participe d'un processus d'attribution d'une étiquette à une personne ou à un groupe social. Ou encore à une différence due à une conduite négative, un mal physique ou mental, lieu de résidence etc.
Le refus de la différence, la crainte, les jugements moraux, l'ignorance, constituent le socle de la stigmatisation. Il entraîne comme résultat des sentiments de honte, de culpabilité, d'angoisse, bref la personne percluse dans sa peur se sent parfois inutile envers lui-même et la société.
Esther Boucicaut, ce leader qui a montré le chemin à d'autres personnes qui, comme elles, sont infectées au VIH, a illustré les conséquences découlant d'un milieu stigmatisant et discriminant. Elle requiert en substance que les PVVIH sortent de leur retraite, de leur silence afin de bénéficier des services disponibles.
D'après la déclaration de GIPA Greater Involvement of People Aids (Réseau de Personnes vivant avec le Sida), à Paris, soutenue par 42 ministres représentant leur pays respectif, il a été souligné que "nous ne pouvons pas gagner contre le Sida si les PVVIH ne sont pas elles-mêmes impliquées à différents paliers du programme définissant la stratégie de lutte contre ce fléau".
Ces préjugés qui façonnent la société ouvrent des brèches à de nouvelles infections. Aussi, POZ compte-t-il mettre sur pied, bientôt, a noté Dr Génécé, un comité de surveillance dans le but de rapporter les actes de violation à l'encontre des PVVIH.
ARV : source de blocage
L'accès aux antirétroviraux, en Haïti, n'est pas universel. « L'objectif du millénaire est de mettre sous traitement ARV 40 000 personnes d'ici 2015, et pourtant nous n'avons qu'une couverture en ARV de 9200 », a déclaré la directrice de la Direction de Médicaments et de Pharmacie du MSPP.
La directrice de la Direction de la Pharmacie, du Médicament et de la Médecine traditionnelle, Mme Magalie Rosemond, a soulevé un point important au cours de sa présentation sur la problématique liée aux ARV. La patente pour l'importation de ces produits peut être une source de blocage, a-t-elle souligné. « Surtout pour les molécules qui sont protégées par des brevets, a-t-elle dit. Si les données ne changent pas, d'ici 2016, Haïti devra acquérir les nouvelles molécules à un prix fort. » Aussi Haïti devrait-elle trouver une nouvelle alternative en cas d'arrêt de financement de ces produits.
« Le vaccin contre le VIH n'est pas encore une réalité, il est encore au stade expérimental. Cependant, les thérapies par les ARV combinés ont pour effet d'améliorer l'état général et l'espérance de vie des séropositifs », a encore précisé Mme Rosemond. Imaginez la rareté de ces produits. Que deviendront les PVVIH adhérées à ces drogues, se demandent certains observateurs?
Pendant que les présentations sur l'expérience haïtienne en matière de VIH se poursuivent, dans l'enceinte une autre ambiance attire le public : les stands des agences de produits pharmaceutiques.
Les délégués médicaux, véritables agents de marketing, invitent les gens à découvrir des médicaments. Commercial services, Hôpital & Médical Supplies SA, Maison Vildrouin, PEHACHEVE, Laboratoire 4 C sont autant de repères qui attirent. « Voici un anti-infectieux ! » « Ici, c'est un anti-fongique », « Regardez, cet analgésique anti-inflammatoire... ». Ainsi se déroulent, parallèlement au congrès, d'autres activités autour de la santé.
Source le nouvelliste
Claude Bernard Sérant
serantclaudebernard@yahoo.fr